Le droit permet parfois de faire, la gouvernance impose souvent de ne pas faire.
Publié le 13 octobre 2022 à 2:06 | Modifié le 19 juin 2026 à 3:25

Le fonctionnement interne du Comité Social et Économique repose sur un équilibre fragile entre impératifs administratifs, exigences de transparence financière du CSE et logique de représentation collective. Le CSE n’est pas une simple structure administrative : il constitue une instance représentative dont la légitimité repose à la fois sur la confiance des salariés, la rigueur de son fonctionnement interne et la clarté de ses décisions.

Si la loi impose la désignation d’un secrétaire et d’un trésorier, le cumul des fonctions de secrétaire et de trésorier du CSE par un seul élu est une pratique qui, bien que non interdite par les textes, vient modifier les contours du rôle de trésorier et fragilise la gouvernance de l’instance. Cette situation interroge directement l’équilibre des pouvoirs internes, la capacité de contrôle mutuel entre élus du CSE et la sécurisation des actes de gestion. Entre silence des textes et réalités de terrain, comment sécuriser vos mandats, prévenir les dérives et préserver la crédibilité collective du CSE ?

Le droit permet parfois de faire, la gouvernance impose souvent de ne pas faire.

Sommaire

  1. Est-il possible de cumuler les fonctions de secrétaire et de trésorier du CSE ?
  2. Comprendre les rôles et responsabilités du secrétaire et du trésorier
  3. Cumul des fonctions : enjeux, limites et points de vigilance
  4. Gérer les situations exceptionnelles et anticiper la relève
  5. À retenir

 

Est-il possible de cumuler les fonctions de secrétaire et de trésorier du CSE ?

 

Ce que dit (et ne dit pas) la loi

 

L’article L.2315-23 du Code du travail impose au CSE de désigner, parmi ses membres titulaires, un secrétaire et un trésorier.

Le législateur a ainsi identifié deux fonctions vitales et distinctes pour assurer le fonctionnement quotidien de l’instance : l’une tournée vers l’organisation, la préparation et la traçabilité des travaux, l’autre vers la gestion financière et comptable

Cependant, le Code du travail reste muet sur l’interdiction d’un cumul de ces fonctions par une même personne physique. Le cumul n’est donc pas illégal en tant que tel, mais il n’est jamais neutre juridiquement. Ce silence du législateur ne vaut ni validation implicite ni encouragement.

En l’absence d’interdiction explicite, c’est au comité qu’il revient de fixer ses propres règles du jeu dans son règlement intérieur et d’assumer les conséquences organisationnelles de ses choix.

 

Le bureau du CSE : une construction juridique minimale

 

Le droit du travail fixe un cadre volontairement minimal : il impose l’existence de fonctions clés sans organiser leur articulation concrète ni détailler la répartition des responsabilités. Aucune hiérarchie n’est établie entre le secrétaire et le trésorier, pas plus qu’une répartition normative des pouvoirs ou des contrôles.

Cette liberté organisationnelle permet d’adapter le fonctionnement du bureau à la taille du CSE, à ses moyens et à son environnement professionnel. Mais elle implique, en contrepartie, une vigilance accrue de la part des élus.

Lorsque les fonctions sont concentrées entre les mains d’une seule personne, le risque est celui d’une personnalisation excessive du fonctionnement de l’instance, au détriment du collectif, de la transparence et de la traçabilité des décisions.

 

L’impératif de la désignation immédiate

 

Les fonctions de secrétaire et de trésorier doivent être pourvues dès la première réunion suivant l’élection du CSE. Cette exigence répond à une nécessité pratique : sans secrétaire, le CSE ne peut ni organiser durablement ses réunions ni sécuriser la rédaction et la diffusion de ses procès‑verbaux.

Si un seul candidat se présente par manque de volontaires, le bureau peut techniquement être constitué ainsi.

Toutefois, un CSE ne peut pas fonctionner durablement sans secrétaire identifié. Si la vacance perdure, l’instance est rapidement paralysée, notamment parce que personne ne peut arrêter légalement l’ordre du jour avec l’employeur, ce qui compromet la continuité du dialogue social.

 

Comprendre les rôles et responsabilités du secrétaire et du trésorier

 

Deux fonctions distinctes, deux responsabilités clés

 

D’un côté, le secrétaire assure le pilotage stratégique de l’instance, de la co-construction de l’ordre du jour à la diffusion des PV et comptes rendus de réunions ; de l’autre, les missions du trésorier garantissent la probité financière par une gestion rigoureuse du budget de fonctionnement du CSE et de celui des activités sociales et culturelles.

 

Thème Secrétaire du CSE Trésorier du CSE
Mission dominante Organisation & traçabilité Gestion financière & contrôle
Réunions Prépare avec le président l’ordre du jour, organise le suivi Suit l’impact budgétaire des décisions
PV / écrits Supervise la rédaction et la diffusion des PV Vérifie la cohérence des dépenses liées aux décisions
Documents Centralise, archive, facilite l’accès Suit pièces comptables, justificatifs, rapprochements
Relation prestataires Pilote plutôt le “fonctionnement” Pilote plutôt le “paiement/contrats”
Risque typique Perte de traçabilité / contestations Erreurs de gestion / contestations financières
Bon réflexe Procédures de validation + calendrier Seuils + co-engagement + contrôle croisé

 

Lire aussi : Tout savoir sur la composition du CSE

 

Cumul des fonctions : enjeux, limites et points de vigilance

Le cumul apparaît le plus souvent comme une solution par défaut. Il révèle fréquemment un déficit de formation, une appréhension excessive des responsabilités ou une difficulté de renouvellement des élus.

Le secrétaire et le trésorier exercent pourtant des fonctions structurantes qui ne devraient jamais conduire à une concentration durable des pouvoirs.

Le CSE demeure une instance fondamentalement collégiale. Sa légitimité repose sur la pluralité des regards, la répartition des responsabilités et la capacité des élus à se contrôler mutuellement dans un cadre serein et transparent.

Bon à savoir :

L’employeur, en tant que président du CSE, peut participer aux votes d’organisation interne (dont la désignation du bureau). En revanche, il doit rester neutre et éviter toute immixtion dans le fonctionnement de l’instance : l’organisation du bureau relève d’abord des élus.

Sécuriser le fonctionnement du CSE

 

  • Le règlement intérieur : l’acte fondateur de votre gouvernance

Le règlement intérieur du CSE constitue l’outil central de sécurisation de son fonctionnement. Il appartient au seul CSE de déterminer la composition et l’organisation de son bureau, dans le respect du cadre légal.

Insérer une clause d’incompatibilité entre les fonctions de secrétaire et de trésorier permet de poser un cadre clair, lisible et partagé. Cette formalisation évite les interprétations opportunistes et sécurise les pratiques dans la durée.

Lorsque le règlement intérieur prévoit déjà la distinction des fonctions, tout cumul suppose une modification formelle, débattue et votée en réunion plénière.

À titre illustratif, le règlement intérieur peut prévoir que les fonctions de secrétaire et de trésorier sont incompatibles, sauf situation exceptionnelle et temporaire dûment motivée. Dans ce cas, la délibération précise la durée du cumul, les raisons objectives qui le justifient et les modalités de contrôle renforcées mises en place.

Avant d’autoriser un cumul, le comité doit sécuriser sa décision autour de plusieurs éléments indissociables : l’inscription explicite du point à l’ordre du jour, une délibération formalisée précisant le caractère exceptionnel et la durée limitée de la situation, ainsi que la mise en place de mécanismes de contrôle renforcés adaptés à la réalité du CSE.

 

  • Le verrou financier : co‑engagement des dépenses et contrôle croisé des frais

Dans un contexte de cumul des fonctions, la transparence financière ne peut reposer sur une seule personne. La sécurisation des flux financiers constitue un enjeu central de crédibilité et de protection des élus.

Il est indispensable de mettre en place des mécanismes internes de contrôle, non pour entraver l’action de l’élu, mais pour sécuriser juridiquement les décisions, prévenir les contestations et protéger l’ensemble du CSE.

En cas de cumul, les dépenses dépassant un certain montant ne doivent pas pouvoir être engagées par un seul élu. Au‑delà d’un seuil fixé par le CSE, toute dépense doit faire l’objet d’un co‑engagement, c’est‑à‑dire d’une validation préalable par un autre élu ou un membre du bureau désigné.

Ce co‑engagement porte sur l’opportunité de la dépense, son montant, sa nature et son rattachement à une décision du comité. Il permet d’éviter qu’un élu, même de bonne foi, supporte seul la responsabilité d’un engagement financier significatif.

Le remboursement des frais constitue un point de vigilance majeur dans la gestion des CSE. En fonctionnement normal, les frais engagés par le secrétaire sont contrôlés par le trésorier et inversement.

En cas de cumul, les frais engagés par l’élu cumulant doivent obligatoirement être contrôlés par un autre élu.

Ce contrôle peut prendre la forme d’un visa préalable, d’un pointage détaillé des justificatifs ou d’une validation collective lors de la réunion plénière suivante. Ce dispositif protège à la fois le CSE et l’élu concerné contre tout soupçon de gestion personnelle ou opaque.

Il est également possible de prévoir contractuellement une assistance régulière par un expert-comptable afin d’externaliser les opérations les plus complexes et de sécuriser le quitus annuel.

 

Prévenir les risques

 

  • Hiérarchie des risques : de la faille de gestion au risque pénal

Le CSE est civilement responsable des fautes commises par ses membres dans l’exercice de leurs fonctions. En revanche, la responsabilité pénale individuelle de l’élu peut être engagée en cas de malversation ou d’infraction caractérisée.

 

  • Le risque de gouvernance : Le cumul supprime le contre‑pouvoir naturel entre l’administrateur et le payeur. Cette concentration des rôles peut générer des tensions internes, fragiliser la confiance entre élus et nourrir un sentiment d’opacité auprès des salariés.
  • Le risque de gestion : L’absence de regard croisé constitue une zone grise dans laquelle les erreurs sur les documents comptables ou les dérives, même involontaires, ne sont plus détectées à temps. La difficulté ne tient pas à l’intention, mais à l’absence de mécanismes de contrôle formalisés.
  • Le basculement pénal : Le risque pénal apparaît lorsque les fonds du comité sont utilisés en dehors des décisions régulièrement votées. Le cumul complique la démonstration de la bonne foi en cas de contrôle ou de contestation, notamment lorsque les procédures internes sont insuffisamment formalisées.

Gérer les situations exceptionnelles et anticiper la relève 

 

Situations transitoires : piloter l’exceptionnel sans créer de précédent

 

Pour exercer efficacement leur rôle, les élus doivent analyser les indicateurs ESG, poser des questions pertinentes, et suivre la mise en œuvre des plans d’action.

Le cumul peut constituer une solution de secours en cas de démission soudaine ou de vacance imprévue, à condition de rester exceptionnel, justifié et strictement encadré dans le temps.

Un cumul temporaire doit être limité dans le temps et assorti d’une échéance clairement identifiée. Lorsqu’il se prolonge sans perspective de sortie, il devient une pratique de fait juridiquement et politiquement contestable.

Le secrétaire de séance peut assurer ponctuellement la rédaction du procès‑verbal, mais ne remplace ni les fonctions de coordination du secrétaire ni les responsabilités de gestion financière du trésorier.

Durant cette phase, une attention particulière doit être portée à l'organisation des réunions afin de garantir que les débats restent collégiaux malgré le cumul des fonctions au bureau

 

Outil d’aide à la décision : la checklist du CSE en cas de vacances

 

  • Ouvrir officiellement l’appel à candidatures et formaliser la démarche en réunion plénière
  • Vérifier les dispositions du règlement intérieur applicables au cumul
  • Mettre à jour les habilitations bancaires et les circuits de validation
  • Prévoir, le cas échéant, une formation adaptée pour sécuriser la prise de fonction
  • Fixer un terme précis à la situation transitoire et l’inscrire au procès‑verbal

 

Stratégies de relève : sortir de l’héroïsme individuel

 

La formation économique et financière permet de lever les craintes liées à la complexité perçue des fonctions de bureau. Elle constitue un levier essentiel pour favoriser la prise de responsabilités et sécuriser la relève.

La désignation d’adjoints favorise la continuité et une meilleure répartition des tâches administratives, limitant ainsi l’épuisement militant et renforçant la dynamique collective.

À retenir

Le cumul des fonctions de secrétaire et de trésorier du CSE constitue rarement une solution de gouvernance pérenne.

Lorsqu’il n’est pas strictement encadré, il fragilise la collégialité et expose les élus à des risques accrus, pouvant aller de la faille de gestion à la mise en cause individuelle.

À l’inverse, un CSE solide repose sur la répartition des responsabilités, la formalisation des règles internes (règlement intérieur, procédures de contrôle) et l’anticipation collective des relais.

En pratique, tout cumul doit être exceptionnel, temporaire et formalisé.

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