Lutter contre le sexisme au travail : à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les élus du CSE disposent de réels leviers d’action. Pourtant, entre l'urgence du quotidien et le manque de temps, difficile de savoir par où commencer concrètement...
Ce guide pratique a justement été conçu pour vous aider à passer à l'action, en profitant de l'élan du 8 mars pour mettre en place des initiatives qui perdurent toute l'année.
Vous y découvrirez comment utiliser vos prérogatives légales pour agir contre les violences sexistes et sexuelles, lutter contre les inégalités salariales, mais aussi aborder des sujets trop souvent invisibles comme les tabous liés au genre.
L'objectif est simple : vous donner des clés concrètes et durables pour faire de l’égalité professionnelle une réalité dans votre entreprise, 365 jours par an, en profitant de la Journée internationale des droits des femmes pour initier ces changements importants. concrètes et durables pour faire de l'égalité une réalité dans votre entreprise, 365 jours par an.
Sommaire
Sexisme et harcèlement sexuel : identifier pour mieux lutter
Pour agir efficacement contre le sexisme, encore faut-il savoir le reconnaître sous toutes ses formes.
Impliquer l’employeur dans la lutte contre le sexisme
Pour convaincre votre direction de s'engager pleinement à vos côtés dans la lutte contre le sexisme, l'approche la plus efficace consiste à lui présenter le sujet comme une opportunité stratégique plutôt que comme une simple contrainte morale.
Votre force en tant qu'élu est de pouvoir lui démontrer, preuves à l'appui, que le sexisme est d'abord un facteur de risque pour l'entreprise.
En rappelant simplement à l’employeur son obligation légale de sécurité et les sanctions financières et pénales encourues (amendes, prud'hommes, atteinte à la réputation), vous ancrez le sujet dans le concret des enjeux de conformité qu'il ne peut ignorer.
L'argument le plus rassembleur, et celui qui transformera la direction en alliée, est de lui montrer que l'égalité professionnelle est un puissant levier de performance. Une entreprise où règne le respect et l’équité voit sa productivité augmenter, son climat social s'apaiser, et son attractivité grimper, là où le sexisme, au contraire, crée des tensions, fait fuir les talents et plombe la compétitivité.
En reliant la prévention des risques à la quête de performance, vous ne vous positionnez plus comme un opposant, mais comme un partenaire de solution qui aide l'employeur à bâtir une entreprise plus solide, plus sereine et plus rentable !
Lire aussi : Égalité hommes-femmes au travail : comment le CSE peut agir ?
Comment identifier le sexisme au travail ?
Pour lutter contre certains agissements, il faut être en mesure de les identifier.
L’Article L. 1141-2-1 Code du travail défini l’agissement sexiste comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.
Bon à savoir :
Traitez une collaboratrice différemment (en lui confiant moins de responsabilités, en ne l'écoutant pas en réunion, ou en faisant des remarques déplacées) uniquement parce qu'elle est une femme, est un exemple d’agissement sexiste.
L'Académie de Créteil reprend la définition du Code du travail en définissant l'agissement sexiste à travers trois critères cumulatifs.
L’agissement sexiste remplit ces 3 conditions :
- l’agissement est subi (absence de consentement) ;
- il existe un lien entre l’agissement et le sexe de la personne ;
- l’agissement a pour effet de porter atteinte à la dignité de la personne ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.
Comment identifier le harcèlement sexuel au travail ?
Le harcèlement sexuel est quant à lui défini par l’Article 222-33 du Code pénal.
Harceler sexuellement, c'est imposer à quelqu'un des propos ou comportements à caractère sexuel ou sexiste de façon répétée, et
- qui portent atteinte à sa dignité (dégradants ou humiliants)
- OU créent une situation intimidante, hostile ou offensante.
Les membres du CSE ainsi que l’ensemble des équipes doivent connaître ces différentes formes de harcèlement sexuel pour pouvoir les identifier et les dénoncer.
1. Le harcèlement "classique" : une personne répète des gestes, paroles, blagues, regards ou messages à connotation sexuelle ou sexiste, et cela crée un environnement malaisant et/ou humiliant pour la victime.
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Exemple Un collègue fait quotidiennement des remarques sur le physique d'une salariée, lui envoie des SMS insistants, ou raconte des blagues graveleuses en sa présence. |
Bon à savoir :
Le ressenti de la collègue concernée compte beaucoup. Le harcèlement est constitué dès lors que les propos ou comportements répétés portent atteinte à sa dignité ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante pour elle, indépendamment de l'intention de l'auteur.
L’auteur des faits ne peut pas se justifier en disant que c'était “pour rire” ou qu'il “ne pensait pas à mal”. C'est l'effet produit sur la personne visée qui est déterminant.
2. Le harcèlement collectif : même si chaque personne n'agit qu'une fois, si elles se concertent ou se succèdent pour harceler la même victime, c'est aussi du harcèlement sexuel.
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Exemple Plusieurs salariés, de manière organisée ou non, adressent tour à tour des avances ou des commentaires déplacés à une même collègue. |
3. La pression grave pour obtenir un acte sexuel : un seul acte peut suffire s'il s'agit d'une pression forte (chantage, menace, manipulation) pour obtenir une “faveur” sexuelle, même si la pression n'est pas répétée.
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Exemple Un manager laisse entendre à une personne de l’équipe qu'elle aura une promotion si elle accepte un rendez-vous avec lui. |
Lien entre sexisme et harcèlement
Le sexisme ordinaire et le harcèlement sexuel ne sont pas deux réalités séparées : ils s’inscrivent dans un même continuum. Le premier crée un climat propice au second.
Blagues graveleuses, remarques sur le physique, interruptions répétées en réunion ou tâches attribuées selon le genre : ces comportements banalisés installent l’idée qu’il est acceptable de ne pas respecter pleinement l’ensemble de l’équipe.
Ce climat permissif facilite alors le passage à des propos ou gestes plus explicites, car les limites ont déjà été déplacées.
Dans une entreprise où le sexisme est toléré, les victimes hésitent aussi davantage à parler. Si les “petites” remarques font rire, pourquoi un signalement serait-il pris au sérieux ? Cette banalisation nourrit le silence et l’isolement.
Prévenir le harcèlement implique d’agir dès les premiers signes de sexisme. En ne laissant rien passer, vous contribuez à instaurer un climat de travail respectueux et à protéger concrètement les salarié·es.

Prévenir et sensibiliser au quotidien pour mieux lutter contre le sexisme
Si la maîtrise du cadre légal est indispensable, la véritable force d’action des élus réside dans leur capacité à impulser une culture d’entreprise respectueuse au jour le jour. La prévention est l’arme la plus efficace contre l’installation de comportements sexistes.
Intégrer les “tabous” comme sujet de santé au travail
La santé au travail ne se limite pas aux risques physiques. Elle englobe aussi des sujets intimes qui, lorsqu’ils sont ignorés, deviennent de véritables sources d’inégalités et de mal-être. Les élus du CSE ont la légitimité pour porter ces questions auprès de la direction et en faire de véritables sujets de dialogue social.
Il s’agit de sujets aussi divers que les menstruations, l'endométriose, la grossesse ou encore l'allaitement. Longtemps considérés comme relevant de la sphère privée, ils ont pourtant un impact direct sur les conditions de travail et la carrière des femmes.
Lire aussi : Discrimination et grossesse : le rôle crucial du CSE
Concrètement, votre action peut se traduire par la négociation d’aménagements des conditions de travail. Cela peut passer par la possibilité de recourir au télétravail ou à des horaires adaptés pour les salariées souffrant de règles douloureuses ou d'endométriose, une affection qui peut être reconnue comme Affection Longue Durée et justifier une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).
De même, proposer la mise à disposition de protections périodiques gratuites dans les sanitaires est une mesure simple, visible et forte, qui envoie un signal clair de lutte contre la précarité menstruelle et contribue à banaliser le sujet.
Mais au-delà des aspects matériels, votre rôle est aussi de lever le tabou. En organisant des campagnes de sensibilisation des managers et des équipes, vous permettez à ces questions de sortir de l’ombre.
L’objectif est que le sujet de la grossesse ne soit plus vécu comme un frein à l’évolution de carrière, mais comme une période naturelle qui nécessite une attention particulière pour prévenir les discriminations et assurer un retour dans de bonnes conditions. C’est en abordant frontalement ces sujets que l’on peut combattre efficacement les inégalités salariales.
Rappeler le principe légal "à travail égal, salaire égal" (Article L. 3221-2 du Code du travail) est fondamental, et l’analyse fine de l’Index de l’égalité femmes-hommes, malgré ses limites, est un excellent point de départ pour identifier les écarts et engager des actions correctives lors de la négociation annuelle sur les salaires.
Agir sur ces “tabous”, c’est donc agir concrètement pour la santé des femmes et pour l’égalité professionnelle dans son ensemble.
Comment Prévenir le sexisme ordinaire et ses manifestations
La prévention du sexisme ordinaire passe d’abord par un travail de pédagogie et de rappel constant. Il ne suffit pas de définir ce qu’est un agissement sexiste ; il faut que chaque salarié, à tous les niveaux de l’entreprise, soit capable de l’identifier et de le nommer. Votre rôle d’élu vous permet d’utiliser les canaux de communication à votre disposition pour diffuser largement ces informations essentielles.
Les panneaux d'affichage dédiés au CSE, tout comme des lettres d'information régulières, sont des supports idéaux pour rappeler les définitions essentielles du sexisme et du harcèlement, d’en expliquer les différentes formes, et d’afficher clairement les peines encourues.
Il est tout aussi crucial d’y faire figurer les informations pratiques : qui sont les référents harcèlement sexuel au CSE et dans l’entreprise, et quels sont les numéros d'urgence à contacter en cas de besoin. Cette communication transparente légitime la parole et indique aux victimes comme aux témoins les marches à suivre.
Cependant, l’affichage ne suffit pas. Pour changer les comportements en profondeur, la formation est un levier indispensable. Elle ne doit pas se limiter aux seuls managers. Proposer des sessions de formation pour l’ensemble des équipes permet de créer une culture commune du respect et de donner à chacun les clés pour reconnaître et stopper les agissements sexistes, qu’il s’agisse de "blagues" graveleuses, de remarques dégradantes ou de comportements créant un environnement hostile.
L’objectif est de faire comprendre que le sexisme n’est pas une question d’intention, mais d’effet produit sur l’autre. En responsabilisant l’ensemble du collectif de travail, on brise la loi du silence et on encourage la solidarité.
Enfin, pour que ces actions soient durables et ne restent pas lettre morte, il est essentiel d’assurer un suivi global et une communication continue. Inscrivez régulièrement ces sujets à l'ordre du jour du CSE et de la CSSCT. Cela vous permet de faire le point sur les besoins, d’évaluer l’efficacité des actions menées (comme les formations ou les campagnes de communication), et d’anticiper de nouvelles initiatives.
En faisant de la lutte contre le sexisme un point permanent de votre dialogue avec la direction, vous garantissez que le sujet reste une priorité, bien après le 8 mars, et que les progrès sont évalués annuellement, inscrivant ainsi votre démarche dans une logique d’amélioration continue au service de tous les salariés.
À retenir
Pour les élus du CSE, lutter efficacement contre le sexisme en entreprise implique de savoir le reconnaître sous toutes ses formes, qu’il s’agisse d’agissements sexistes, de discrimination liée au sexe ou de harcèlement.
Cela suppose également d’embarquer la direction en démontrant qu’il s’agit autant d’un risque juridique que d’un levier de performance, notamment en matière d’égalité professionnelle femmes hommes, de réduction des inégalités salariales femmes hommes et de résorption des écarts de rémunération.
Le rôle du CSE en matière d’égalité professionnelle consiste alors à agir concrètement au quotidien : briser les tabous, former les équipes, prévenir les discriminations et inscrire ces sujets dans un dialogue permanent avec l’employeur.
Car le sexisme ordinaire et le harcèlement s’inscrivent dans un même continuum : ne rien laisser passer, c’est protéger durablement les salariés et renforcer une culture d’entreprise respectueuse et équitable.
FAQ
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1. Comment le CSE peut-il lutter contre le sexisme en entreprise ?Le CSE peut jouer un rôle central en sensibilisant les salariés, en organisant des formations sur les comportements sexistes et en veillant à ce que l’employeur respecte ses obligations légales pour prévenir le sexisme et le harcèlement sexuel au travail.
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2. Quelles sont les principales formes de sexisme que le CSE doit identifier ?Le CSE doit identifier les agissements sexistes, tels que la discrimination liée au sexe, les remarques dégradantes ou le harcèlement sexuel, afin de prévenir ces comportements et protéger les salariés.
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3. Pourquoi impliquer l'employeur dans la lutte contre le sexisme au travail ?Impliquer l’employeur est crucial pour le rendre conscient que le sexisme est non seulement un risque juridique mais aussi un frein à la performance. Cela permet de transformer la lutte contre le sexisme en un levier de performance pour l’entreprise.
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4. Quelles actions concrètes le CSE peut-il mettre en place pour prévenir le sexisme ?Le CSE peut organiser des campagnes de sensibilisation, instaurer des formations régulières et promouvoir une politique de tolérance zéro envers les comportements sexistes, tout en encourageant la direction à adopter des pratiques inclusives.
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5. Comment le CSE peut-il lutter contre les inégalités salariales et les écarts de rémunération ?Le CSE peut analyser les écarts de rémunération à l'aide de l’Index de l’égalité femmes-hommes et proposer des mesures pour corriger ces écarts lors des négociations salariales, assurant ainsi une rémunération égale pour un travail égal.
