Sommaire
- Pénibilité, de quoi parle-t-on ?
- Prévenir la pénibilité : une obligation légale de sécurité
- Traçabilité des expositions et rôle de l’employeur
- Compensation : le compte professionnel de prévention (C2P)
- Le FIPU : financer la prévention de l’usure professionnelle
- Seuils d’exposition et identification des salariés concernés
- Le rôle clé du CSE
- À retenir
Pénibilité, de quoi parle-t-on ?
Le Code du travail impose à tout employeur d’assurer la santé et la sécurité des salariés.
Parmi ses obligations majeures figure la prévention de la pénibilité au travail, qui vise à anticiper, tracer et compenser les expositions à certains risques susceptibles d’altérer la santé.
Depuis 2023, la politique de prévention s’est renforcée avec la mise en œuvre du compte professionnel de prévention (C2P), du fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU), et du passeport de prévention.
Prévenir la pénibilité : une obligation légale de sécurité
L’employeur est tenu d’une obligation de moyens renforcés en matière de santé et sécurité (articles L.4121-1 à L.4121-3 du Code du travail).
Autrement dit, il doit démontrer qu’il a mis en place toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés, sans être garant d’un résultat absolu.
Les actions de prévention doivent comprendre :
- l’évaluation des risques dans le document unique (DUERP)
- l’information et la formation des salariés exposés
- la mise à disposition des moyens adaptés (équipements, organisation, suivi)
- la mise à jour régulière des mesures en fonction de l’évolution des conditions de travail.
Bon à savoir :
Depuis l’arrêt Air France (Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2015, n° 14-24.444, Air France c/ M. X), la Cour de cassation considère que l’employeur n’a plus une obligation de résultat, mais une obligation de moyens renforcés.
Il peut donc s’exonérer de sa responsabilité s’il démontre avoir tout mis en œuvre pour prévenir les risques (formations, actions correctives, suivi médical, consultation du CSE).
La prévention devient une démarche continue et collective, partagée avec les élus et le service de santé au travail.
Les dix facteurs de risques professionnels
Le Code du travail (article D.4161-1) identifie dix facteurs de risques, regroupés en trois catégories principales :
- Contraintes physiques marquées
- Manutentions manuelles de charges
- Postures pénibles
- Vibrations mécaniques
- Environnement physique agressif
- Agents chimiques dangereux
- Activités en milieu hyperbare
- Températures extrêmes
- Bruit
- Rythmes de travail
- Travail de nuit
- Travail en équipes alternantes
- Travail répétitif
Ces dix facteurs constituent la grille d’évaluation de la pénibilité au travail utilisée pour identifier les expositions. En pratique, chaque entreprise doit évaluer les postes selon cette grille officielle des 10 facteurs de pénibilité au travail (articles L.4161-1 et D.4161-1 du Code du travail).
Traçabilité des expositions et rôle de l’employeur
L’identification des salariés exposés repose sur une évaluation annuelle des conditions de travail.
L’employeur doit :
- mesurer les expositions réelles
- comparer ces données aux seuils réglementaires
- déclarer les salariés concernés dans la DSN
Ces évaluations peuvent s’appuyer sur des accords ou référentiels de branche homologués ou sur les données consignées dans le DUERP.
Le passeport de prévention
Depuis 2023, chaque salarié dispose d’un passeport de prévention accessible via son Compte Personnel de Formation (CPF).
Ce passeport recense les formations en santé et sécurité au travail, y compris celles liées à la pénibilité (gestes et postures, manutention, bruit, risques chimiques, etc.).
Il permet de :
- tracer les compétences acquises
- valoriser les efforts de formation
- renforcer la traçabilité en lien avec le DUERP
Ce passeport complète le C2P et le FIPU en reliant la prévention individuelle à la politique collective de santé et sécurité.
Compensation : le compte professionnel de prévention (C2P)
Le C2P permet aux salariés exposés à certains facteurs de risques d’acquérir des points ouvrant droit à :
- une formation pour accéder à un emploi moins exposé
- un temps partiel sans perte de salaire
- un départ anticipé à la retraite (jusqu’à deux ans plus tôt)
Seuls six facteurs donnent lieu à l’acquisition de points : bruit, températures extrêmes, travail de nuit, travail en équipes alternantes, travail répétitif et milieu hyperbare.
Exemple :
Un salarié travaillant de nuit plus de 100 nuits par an et exposé à un bruit supérieur à 81 décibels pendant 600 heures annuelles verra ses points crédités sur son C2P . Il pourra les utiliser pour financer une formation ou réduire son temps de travail.
Le FIPU : financer la prévention de l’usure professionnelle
Le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu) trouve son origine dans la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, adoptée dans le cadre de la réforme des retraites.
Le 1° du I de l’article 17 de cette loi a inséré un article L. 221-1-5 dans le Code de la sécurité sociale, créant ce fonds au sein de la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) du régime général.
Ainsi, le Fipu découle directement de la réforme des retraites de 2023, celle-ci ayant entendu renforcer la prévention de l’usure professionnelle comme levier d’accompagnement du report de l’âge légal de départ à la retraite.
Pour comprendre l’usure professionnelle, découvrez notre article : Usure professionnelle : définition,enjeux et prévention
Le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU) soutient les actions de prévention et de reconversion dans les métiers les plus exposés :
- manutentions manuelles
- postures pénibles
- vibrations mécaniques
Ce fonds, géré par la Cnam (Caisse Nationale d’Assurance Maladie), permet le cofinancement des initiatives menées par les entreprises. Les priorités sont fixées par la Commission des accidents du travail et des maladies professionnelles (CAT/MP).
Le FIPU complète le C2P : il agit sur la prévention collective, quand le C2P agit sur la compensation individuelle.
Seuils d’exposition et identification des salariés concernés
Les seuils d’exposition, fixés par décret, déterminent à partir de quelle intensité et quelle duréce la pénibilité est reconnue.
Exemples :
- Travail de nuit : au moins une heure entre 24 h et 5 h, 100 nuits/an
- Bruit : exposition moyenne à 81 dB(A) pendant 600 heures/an
- Températures extrêmes : ≤ 5 °C ou ≥ 30 °C pendant 900 heures/an
Les seuils réglementaires permettent de compléter la grille d’évaluation de la pénibilité au travail, en quantifiant la durée et l’intensité des expositions.

Le rôle clé du CSE
Les élus du CSE sont au cœur de la prévention de la pénibilité et de l’usure professionnelle.
Ils ne se contentent pas d’être consultés : ils participent activement à la politique de santé et sécurité de l’entreprise.
Leur rôle s’articule autour de quatre axes principaux :
1. Information et consultation régulière*
Le CSE est informé et consulté sur :
- l’évaluation des risques professionnels (DUERP)
- les actions de prévention et de formation liées aux facteurs de risques
- la mise en œuvre du C2P, du FIPU et du passeport de prévention (notamment pour le suivi collectif).
*(Articles L.2312-8 et L.2312-9 du Code du travail)
2. Propositions et alertes
Les élus peuvent proposer toute mesure visant à améliorer les conditions de travail ou à réduire les expositions (article L.2312-12 du Code du travail).
En cas de risque grave, ils disposent d’un droit d’alerte pour atteinte à la santé physique ou mentale (article L.2312-59 du Code du travail).
3. Participation à la démarche de prévention
Le CSE participe à la mise à jour du DUERP et au suivi du programme annuel de prévention (PAPRIPACT).
Il peut contribuer à l’élaboration des référentiels métiers servant à identifier les expositions.
Dans les entreprises de plus de 300 salariés, une commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) assiste le CSE (article L.2315-36 du Code du travail).
4. Dialogue social et accompagnement des salariés
Le CSE joue un rôle de relais auprès des salariés exposés aux facteurs de pénibilité.Il participe à la sensibilisation aux risques et à la promotion des bonnes pratiques de prévention. Il peut également demander des bilans au service de santé au travail ou à la CARSAT.
Le CSE est un acteur pivot du dialogue social en santé au travail : sa vigilance, ses propositions et ses alertes contribuent directement à la prévention de la pénibilité et à la réduction de l’usure professionnelle.
Découvrez notre article dédié : Les différents rôles et missions d'un élu de CSE
À retenir
L’employeur est tenu d’une obligation de moyens renforcés : il doit prouver la mise en œuvre effective des actions de prévention.
La pénibilité au travail repose sur quatres leviers complémentaires :
- le DUERP (évaluation)
- le C2P (compensation individuelle)
- le FIPU (financement collectif)
- Le passeport de prévention renforce la traçabilité des formations suivies
Le CSE joue un rôle clé dans le suivi et la négociation des mesures de prévention, notamment face aux aux 10 facteurs de pénibilité au travail identifiés par le Code du travail.
Prévenir la pénibilité, c’est agir dès aujourd’hui pour protéger la santé, la carrière et la dignité des salariés, aux côtés des élus du personnel, pour un dialogue social respectueux de la santé et de la sécurité.
