La surcharge de travail est aujourd’hui au cœur des préoccupations des représentants du personnel.
Publié le 13 octobre 2022 à 2:06 | Modifié le 19 juin 2026 à 4:10

La surcharge de travail est aujourd’hui au cœur des préoccupations des représentants du personnel. Elle concerne tous les secteurs et touche aussi bien les salariés de terrain que les fonctions support ou d’encadrement. Derrière cette notion, se trouvent des réalités diverses qui interrogent l’organisation, les moyens disponibles et la responsabilité de l’employeur surcharge de travail en matière de santé et de sécurité. L'intensification de l’activité professionnelle, liée à des facteurs comme le télétravail et surcharge de travail, accentue encore cette problématique.

Selon le baromètre Empreinte Humaine, OpinionWay 2025, 46 % des salariés déclarent ne pas pouvoir refuser une nouvelle tâche alors qu’ils sont déjà débordés, ce qui confirme que la surcharge de travail excessive est un sujet d’actualité majeur dans de nombreux collectifs de travail. En outre, l'impact de la surcharge de travail sur la santé au travail, qu’il soit physique ou psychique, est bien réel, entraînant des troubles du sommeil, du stress, de la charge mentale et de la fatigue durable.

Cet article propose des repères concrets pour aider et accompagner les élus du CSE à comprendre cette situation de surcharge et à agir, notamment en procédant à une évaluation de la charge de travail CSE pour mieux cibler les actions à mener.

Sommaire

  1. Comprendre la surcharge de travail : définitions, origines et effets
  2. Les responsabilités de l'employeur : un cadre légal exigeant
  3. Du diagnostic à l’action : le rôle central et les leviers du CSE
  4. À retenir

 

Comprendre la surcharge de travail : définitions, origines et effets

 

Les facteurs d’augmentation de la charge de travail

 

La surcharge de travail s’inscrit dans un contexte d’intensification globale de l’activité professionnelle. Cette intensification résulte de plusieurs évolutions concomitantes : polyvalence accrue, augmentation des interactions, interruptions fréquentes des tâches, et nécessité de répondre en permanence à des sollicitations multiples. Les collaborateurs doivent continuellement s’adapter, réagir à l’urgence et gérer des priorités changeantes, ce qui alourdit considérablement leur charge quotidienne.

Les transformations organisationnelles fréquentes renforcent ce phénomène : réorganisations, externalisations, individualisation des objectifs et fragilisation des collectifs de travail. Les salariés se retrouvent plus isolés et doivent assumer seuls des missions autrefois partagées.

Enfin, le numérique et le télétravail peuvent accentuer cet isolement. L’instantanéité des échanges et des interactions induites par ces outils, les communication toujours plus nombreuses, l’injonction à répondre rapidement et l’effacement des limites entre vie professionnelle et vie personnelle contribuent à allonger les journées, réduire les temps de pause et accroitre la charge de travail.

 

Lire aussi : Télétravail et santé mentale : les nouveaux défis en 2025

 

Une charge de travail multidimensionnelle

 

La charge de travail ne se limite pas à une quantité de tâches à accomplir. Elle est multidimensionnelle et doit être appréhendée dans toute sa complexité.

On distingue d’abord trois types :

 

Charge prescrite Charge réelle  Charge vécue 
Correspond aux tâches, missions et objectifs définis formellement. Renvoie à ce que les salariés mettent effectivement en œuvre pour atteindre ces objectifs, en tenant compte des aléas, contraintes et ajustements permanents. Exprime le ressenti subjectif des collaborateurs, le sens qu’ils donnent à leur travail et la valeur qu’ils perçoivent dans leurs activités.

 

Bon à savoir :

La charge vécue, bien que subjective, est essentielle. Des tâches perçues comme inutiles ou sans intérêt peuvent générer une forte surcharge, même si la quantité de travail semble raisonnable et les conditions d’exercice sont perçues comme peu pénibles.

Au-delà de cette distinction, elle comporte plusieurs dimensions complémentaires :

 

Dimension Description Exemple
Charge physique Efforts corporels, gestes répétitifs, postures contraignantes Manutention, travail debout, gestes répétitifs
Charge émotionnelle ou psychique Impact des émotions liées aux relations de travail ou à certaines situations Conflits avec des clients, exposition à la souffrance dans les métiers du soin
Charge cognitive Activités mentales : analyse, décision, traitement de l’information Surveillance de paramètres, diagnostic en situation, prise de décision sous incertitude, mémorisation de procédures, etc.

 

Toutes ces dimensions concernent l’ensemble des métiers. Même les activités dites « manuelles » comportent une part importante de réflexion, d’anticipation et de prise de décision.

 

Quels sont les effets sur les salariés ?

 

La surcharge de travail a des effets pathogènes sur la santé physique et mentale des travailleurs. Elle peut provoquer un stress chronique, des troubles musculo-squelettiques, l’épuisement professionnel (burn-out), des troubles du sommeil, la fatigue durable ou peut encore conduire à certaines conduites addictives pour « tenir » face à la pression.

Ces effets touchent aussi le collectif et le fonctionnement de l’entreprise : dégradation du climat social, tensions entre collègues, baisse de la qualité du travail et de la productivité. Elle peut entraîner davantage d’absentéisme, de présentéisme (salariés présents mais inefficaces) et de turnover, avec, à terme, un impact sur la performance économique de l’entreprise.

 

Lire aussi : Burn-out, bore-out, brown-out : prévenir les risques au travail

 

Les responsabilités de l’employeur : un cadre légal exigeant

 

Le contrôle du temps de travail et les garanties légales

 

L’employeur a l’obligation de contrôler et d’organiser le temps de travail des salariés. Cela passe par la mesure des heures réalisées, que ce soit avec des horaires collectifs (avec affichage obligatoire) ou des horaires individualisés.

Le Code du travail fixe des garanties minimales :

  • une durée maximale de 10 heures par jour
  • jusqu’à 48 heures sur une semaine ou 44 heures en moyenne sur 12 semaines
  • une pause d’au moins 20 minutes après 6 heures de travail consécutif

 

L’obligation d’évaluer la charge de travail et les cas particuliers

 

Au-delà de ces règles, l’employeur doit évaluer la charge de travail et s’assurer qu’elle est compatible avec les moyens mis à disposition, conformément à son obligation générale de santé et sécurité des salariés prévue par l’article L4121-1 du Code du travail. Cette évaluation doit reposer sur la réalité des missions exercées et non sur de simples calculs théoriques.

Pour les collaborateurs en forfait jours, l’employeur doit assurer un suivi régulier de la charge de travail, organiser des échanges fréquents avec le salarié et garantir le droit à la déconnexion. Un simple entretien annuel est insuffisant.

Bon à savoir :

En cas de manquement, la convention de forfait jours peut être annulée, avec un retour au droit commun soit un régime des 35 heures et le paiement d’heures supplémentaires.

Les projets de réorganisation doivent également intégrer une analyse précise de la charge de travail. Réduction d’effectifs, changements de processus ou nouveaux outils peuvent modifier fortement l’activité réel. L’employeur doit donc démontrer que la nouvelle organisation reste soutenable et compatible avec la santé des salariés. À défaut, les juges peuvent suspendre le projet pour préserver la santé et la sécurité du personnel, comme dans l’arrêt FNAC (Cass. soc., 5 mars 2015, n°13-26.321).

Du diagnostic à l’action : le rôle central et les leviers du CSE

 

Comment faire constater une surcharge de travail ?

 

La première étape consiste à faire reconnaître l’existence d’une charge excessive de travail. Pour cela, il est nécessaire de s’appuyer sur une démarche d’évaluation collective, inspirée notamment de la méthodologie de l’ANACT.

Cette approche repose sur la création d’un espace de dialogue associant salariés, managers et représentants du personnel. L’objectif est d’analyser le travail réel, les contraintes rencontrées et les ressources disponibles.

L’évaluation doit porter sur l’adéquation entre :

  • les ressources (effectifs, compétences, outils, organisation),
  • et les exigences de performance (délais, qualité, objectifs).

 

Pour faire constater ces difficultés, le CSE dispose de plusieurs moments et outils clés. Les élus peuvent s’appuyer sur :

  • les consultations annuelles (politique sociale, orientations stratégiques, DUERP),
  • le suivi régulier d’indicateurs,
  • les remontées du terrain,
  • les inspections et enquêtes
  • le droit d’alerte en cas de danger grave et imminent ou atteinte aux droits des personnes
  • le recours à l’expertise SSCT

 

Ces différents leviers permettent de faire constater la surcharge de travail et d’ouvrir un dialogue structuré avec l’employeur.

 

Lire aussi : Consultations du CSE, comment ça marche et pourquoi faire ?

 

Repérer les signaux faibles grâce au suivi d’indicateurs

 

Pour démontrer une surcharge de travail, il est nécessaire de s’appuyer sur des éléments précis et mesurables. Le suivi régulier d’indicateurs mensuel ou trimestriel permet d’identifier les signaux faibles, d’anticiper les dégradations et d’étayer les constats.

Parmi les indicateurs utiles :

  • volume d’heures supplémentaires,
  • absentéisme,
  • turnover,
  • non-respect des temps de repos,
  • conflits internes,
  • délais ou volumes de production.

 

La sous-charge de travail peut également constituer un risque pour la santé (perte de sens, démotivation, déqualification professionnelle). La jurisprudence rappelle d’ailleurs que l’employeur a l’obligation de fournir du travail réel au salarié et pas seulement une rémunération.

 

Des actions concrètes pour réguler la charge de travail

 

Une fois la surcharge identifiée, le CSE peut proposer ou négocier différentes mesures pour rééquilibrer les exigences de production et les moyens disponibles avec l’employeur.

 

Levier d’action  Objectif Exemples de mesures concrètes
Régulation des horaires Limiter la surcharge liée aux durées de travail excessives Suivi précis des heures supplémentaires, ajustement des délais, planification plus réaliste des activités
Réorganisation des équipes et des processus Mieux répartir la charge entre les salariés et les services Répartition des missions, ajustement des effectifs, clarification des priorités et des rôles
Montée en compétences et stabilisation des collectifs Réduire la surcharge liée au manque de formation ou au turnover Plans de formation, parcours d’intégration, actions de fidélisation des équipes
Formation et accompagnement des managers Améliorer la régulation de la charge au quotidien Formation à la priorisation, à la détection des signaux faibles, à l’organisation du travail et à la prévention des RPS
Droit à la déconnexion Protéger les temps de repos et limiter les sollicitations hors travail Plages de non-sollicitation, règles d’envoi des mails, paramétrage des outils, sensibilisation des équipes

 

Lire aussi : Droit à la déconnexion : comment protéger les salariés ?

Le Groupe Legrand est un cabinet de conseil qui accompagne les CSE depuis plus de 35 ans. Cabinet pluridisciplinaire, il intervient à travers ses pôles expertise comptable, SSCT, assistance juridique et formation, exclusivement au service des représentants du personnel.

À retenir

La surcharge de travail est aujourd’hui un enjeu central dans de nombreuses entreprises. Elle résulte de transformations organisationnelles, d’exigences accrues et d’une intensification de l’activité professionnelle, avec des conséquences possibles sur la santé des salariés et le fonctionnement des collectifs.

Cette surcharge peut également avoir un impact direct sur la productivité de l'entreprise et le climat social, notamment en raison de réorganisation et surcharge de travail mal gérées.

Face à cette réalité, l’évaluation de la charge de travail et la mise en place d’actions adaptées sont essentielles. Le CSE joue un rôle clé pour identifier les situations à risque, alerter l’employeur et proposer des solutions concrètes. Pour cela, il est indispensable de mettre en place une régulation des horaires CSE et d’assurer un suivi via des indicateurs surcharge de travail pour repérer les signaux faibles. La prévention de la surcharge de travail CSE doit être au cœur des priorités, notamment en réduisant les effets de la charge mentale sur les salariés.

L’enjeu est de construire une organisation du travail plus équilibrée, conciliant performance de l’entreprise et préservation de la santé des salariés, en veillant à la réduction de la surcharge de travail tout en prenant en compte la gestion du stress lié à la surcharge de travail.

FAQ

  • 1. Comment le CSE peut-il faire constater une surcharge de travail ?
    Le CSE peut s’appuyer sur une évaluation collective du travail réel, les remontées du terrain, les consultations annuelles, les inspections, les enquêtes et le suivi d’indicateurs.
  • 2. Quels indicateurs permettent d’identifier une surcharge de travail ?
    Le volume d’heures supplémentaires, l’absentéisme, le turnover, le non-respect des temps de repos, les conflits internes ou les délais de production.
  • 3. Quelles sont les principales causes d’une surcharge de travail ?
    Polyvalence accrue, interruptions fréquentes, objectifs individualisés, réorganisations, isolement lié au télétravail et intensification de l’activité.
  • 4. Quels sont les effets de la surcharge de travail sur les salariés ?
    Stress chronique, troubles musculo-squelettiques, fatigue durable, troubles du sommeil, burn-out et dégradation du climat social.
  • 5. Comment le CSE peut-il agir pour réguler la charge de travail ?
    En proposant une régulation des horaires, une meilleure répartition des missions, des actions de formation et un encadrement du droit à la déconnexion.
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