La transparence des salaires est un élément clé de la directive européenne adoptée en mai 2023.

Mais attention : contrairement à ce que l'on entend parfois, cette directive n'est pas encore applicable en France.

La France a jusqu'à juin 2026 pour la transposer dans son droit national. En attendant, les règles actuelles restent en vigueur.

Cependant, les entreprises les plus averties anticipent déjà ces changements, d'autant que l'Index d'égalité professionnelle préfigure en partie ces nouvelles obligations.

Mais qu’implique concrètement cette directive pour les entreprises, les salariés, et pour les membres du CSE ? Quels sont les défis et les opportunités qu’elle présente ?

Dans cet article, nous vous expliquons ce qui vous attend, les principales mesures de cette réforme, ses limites, et la façon dont elles affecteront votre travail d’élu au quotidien.


Une directive européenne qui encourage la transparence des salaires

 

La directive européenne 2023/970 du 10 mai 2023 s’inscrit dans un processus visant à instaurer plus de transparence dans les pratiques salariales des entreprises.

 

Transparence des salaires : quels sont les principaux changements ?

Plusieurs changements sont annoncés par la directive 2023/970.

Ces ajustements touchent différents aspects de la gestion salariale, et les entreprises vont devoir mettre en place de nouvelles pratiques pour se conformer aux exigences légales.

Nous retiendrons les changements majeurs découlant de cette directive liée à la transparence salariale :

  • Obligation d’indiquer la fourchette de salaire dans les offres d’emploi → Les entreprises vont devoir préciser une fourchette de salaire dans leurs annonces de recrutement.

Bon à savoir :

Cette fourchette doit être objective et justifiée (basée sur l’expérience, les compétences, les responsabilités). Une fourchette large reste possible, mais elle doit pouvoir être expliquée.



Le texte européen précise également la mention de « tout autre avantage, payé directement ou indirectement, en espèces ou en nature (composantes variables ou complémentaires), par un employeur à un travailleur en raison de l’emploi de ce dernier ».

  • Interdiction des questions sur l’historique salarial des candidats → Les recruteurs ne vont plus pouvoir demander aux candidats leur rémunération passée ou actuelle.
  • Accès aux moyennes salariales des collègues → Tout salarié pourra demander la moyenne des salaires de ses collègues occupant un poste équivalent.  Attention : La directive ne vise pas à exposer les salaires individuels. Vous aurez accès aux grilles, aux moyennes par poste et aux critères, mais pas au salaire exact de votre collègue.
  • Demande des critères de rémunération et de progression → Le candidat pourra demander les critères pratiqués dans l’entreprise pour déterminer la rémunération et les possibilités d’évolution salariale.
  • Demande des niveaux de rémunération pratiqués pour leur poste → Les salariés pourront demander la rémunération appliquée à leur propre poste.
  • Demande des critères d’augmentation et de promotion → Les salariés pourront demander les critères utilisés pour décider des augmentations salariales ou des promotions.
  • Renversement de la charge de la preuve → Actuellement, c’est au salarié de prouver la discrimination. La directive prévoit que ce sera désormais à l’employeur de démontrer qu’il n’y a pas eu de discrimination. Un changement majeur qui facilitera les recours aux prud’hommes.
  • Fin des clauses de confidentialité → Les entreprises ne pourront plus interdire par contrat aux salariés de discuter de leur rémunération entre collègues. Discuter salaire devient un droit, à condition que cela reste dans un cadre respectueux.
     

 

Voici un tableau récapitulatif des obligations de publication des écarts de rémunération selon la taille de l’entreprise :


Nombre de salariés de l’entreprise

Obligation de transparence

250 salariés et plus

Rapport annuel sur les écarts de rémunération

100 à 250 salariés

Rapport tous les 3 ans sur les écarts de rémunération

Moins de 100 salariés

Pas d'obligation légale

 

Les écarts de rémunération supérieurs à 5 % devront être justifiés par l’employeur ou faire l’objet d’une correction.



Pourquoi opter pour la transparence salariale ?

La réforme de la transparence des salaires a été introduite pour répondre à une problématique de longue date : les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. 

Bon à savoir :

En Europe, les hommes gagnent en moyenne 13 % de plus que leurs homologues féminines, à travail égal.



Malgré
les effortsdéployés au cours des années pour lutter contre ces disparités, les inégalités salariales persistent.

La transparence salariale a pour objectif de révéler les discriminations invisibles et de donner aux salariés discriminés et aux représentants du personnel les outils nécessaires pour agir.

Outre l'égalité hommes-femmes, cette réforme a également pour objectif de lutter contre d'autres formes de discrimination salariale, telles que celles liées à la grossesse, au handicap ou à tout autres critères.

En rendant les critères de rémunération plus transparents et en interdisant les questions sur l'historique salarial des candidats, la directive garantit une rémunération basée sur des critères objectifs, sans biais ni discrimination.

Une autre raison essentielle de cette réforme est de permettre une meilleure négociation salariale pour les salariés, en particulier pour les femmes. Le but est notamment d’inciter les salariées à mieux négocier leur salaire, et ce dès l’embauche.

Connaître les fourchettes de rémunération et les critères appliqués permet de rendre les discussions salariales plus équitables et d'éviter que les femmes ne demandent moins que les hommes.

La transparence des salaires ne se limite donc pas à un simple droit à l’information. Cette transparence a aussi pour but de favoriser l’accès des femmes aux postes à responsabilités, en limitant les biais dans les promotions et les augmentations salariales.

En outre, la réforme vise à instaurer une culture d'équité au sein des entreprises. En obligeant celles-ci à publier les écarts de rémunération entre les genres et à expliquer les critères de fixation des salaires, elle a pour but d'inciter les entreprises à revoir leurs pratiques internes et à adopter des politiques salariales plus justes et transparentes.

Malgré ces mesures, la directive reste une obligation de moyens et non de résultats. Il revient aux représentants du personnel de s’assurer que les fourchettes annoncées en entretien soient par la suite bel et bien respectées.

Bon à savoir :

Les entreprises qui n'ont pas anticipé sont aujourd'hui en retard. Les chantiers sont lourds : revoir les grilles de classification, former les managers, mettre en place des outils de reporting. 


Vérifiez où en est votre direction : si elle n'a pas encore mis en place une grille de salaire équitable, c'est le moment d'en faire une priorité dans vos échanges.




 


 

Transparence des salaires : quelles conséquences pour les membres du CSE ?

Les membres du CSE ont un rôle actif à jouer dans l’analyse de l'équité des salaires, et ce bien avant cette directive.

Transparence des salaires : avantages et inconvénients de la directive

Voici un tableau illustrant les avantages liés à la mise en place de la transparence salariale.

Avantage

Détail

Visibilité accrue des écarts de rémunération

Met en lumière les inégalités salariales

Possible réduction des inégalités salariales

La mise en lumière des inégalités incite à les supprimer

Création d’une culture d’équité

Renforce l’équité et l’inclusion

Amélioration de la confiance et de la motivation

Valorise les salariés, pouvant les inciter à s'investir davantage dans leur travail

 

Fidélisation des talents

Attire et retient les talents en quête de transparence


 

Cependant, bien que les potentiels avantages soient nombreux, il est important de considérer certaines limites et inconvénients potentiels de cette transparence salariale.

 

En effet, la directive oblige les entreprises à mentionner une fourchette salariale dans les offres d’emploi mais elle ne précise pas comment ces fourchettes doivent être définies.

  

Ceci peut mener à une certaine ambiguïté dans la communication des salaires. Par exemple, une fourchette trop large pourrait ne pas offrir une réelle visibilité sur les attentes salariales spécifiques à un poste.

 

Bon à savoir :

Si la directive ne définit pas explicitement la fourchette salariale à mentionner dans les offres d'emploi, elle devrait néanmoins contribuer à dissiper le tabou entourant la question des salaires lors des entretiens.


La transparence des salaires peut également créer des rivalités et des tensions entre les équipes, notamment si des écarts de rémunération importants sont mis en évidence. Cela risque de produire l’effet inverse que l’effet escompté et perturber l’ambiance de travail.

Bon à savoir :

Vous pourrez vérifier la cohérence des fourchettes annoncées avec les grilles internes. Si une offre affiche une fourchette trop large ou déconnectée des pratiques maison, c’est un signal faible à surveiller. N’hésitez pas à demander à voir les offres avant publication.



Les (nouveaux) enjeux du CSE face à la transparence des rémunérations

Avec la mise en place de la transparence des salaires, les membres du CSE pourront faire preuve d’une vigilance accrue concernant l’équité salariale au sein de l’entreprise.

L’un des principaux outils dont dispose le CSE pour suivre la transparence salariale est la Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales (BDESE).

Cette base centralise une grande quantité d’informations sur les salaires, les critères de rémunération, ainsi que sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommesGrâce à la BDESE, les élus CSE peuvent accéder à des données détaillées permettant d’analyser les écarts de rémunération, de vérifier leur justification et de s'assurer qu'ils sont basés sur des critères objectifs.

 

L'une des missions essentielles du CSE en matière de transparence salariale est de vérifier que les écarts de rémunération au sein de l'entreprise ne résultent pas de biais ou de discriminations.

Il est essentiel que les différences de salaires soient fondées sur des critères clairs, tels que l'expérience, les qualifications ou les responsabilités assumées.

En cas de disparités injustifiées, les élus doivent prendre des mesures correctives. Cela peut inclure des discussions lors de réunions avec la direction, l'exercice du droit d'alerte, et, si nécessaire, la saisine du Défenseur des droits.

Les membres du CSE peuvent également aborder plusieurs sujets cruciaux lors des réunions du comité. Par exemple, la question de l’alignement des salaires sur le marché, la mise en place de fourchettes salariales bien définies et leur évolution dans le temps. Le CSE doit également aborder la mise en œuvre des actions indispensables pour promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes, notamment en ce qui concerne la question des salaires.

 

Au quotidien, des mesures complémentaires peuvent ainsi être instaurées pour lutter contre les inégalités salariales à la source : allongement du congé paternité, incitation des salariés pères à prendre un congé parental (essentiellement pris par les salariées mères)...

Enfin, la mise en œuvre de la transparence salariale pouvant engendrer des tensions entre les salariés - par exemple en cas de révélations sur des écarts de rémunération perçus comme injustes - les élus sont susceptibles d’être amenés à jouer un rôle de médiation en sensibilisant les managers et les équipes à l'importance de l’équité salariale.

Des sessions peuvent alors être organisées afin d’expliquer les critères utilisés pour fixer les salaires, tout en mettant en avant les valeurs d'inclusion et de respect mutuel

 

Dès maintenant, les élus peuvent :

  • Demander un état des lieux des écarts de rémunération à inscrire à l’ordre du jour des NAO.
  • Utiliser la BDESE pour obtenir des comparaisons par catégorie de postes et par genre.
  • Informer les salariés de leurs futurs droits (renversement de la preuve, droit de discuter des salaires).
  • Jouer un rôle de médiation avant une éventuelle saisine des prud’hommes en cas d’écart suspect.

 

 

Limites de la directive sur la transparence salariale : que peuvent faire les élus ?

Si la directive européenne sur la transparence salariale marque une avancée significative, elle présente néanmoins certaines limites.

Bien qu’elle impose davantage de transparence, elle ne garantit pas automatiquement une égalité salariale effective ni une application homogène dans toutes les entreprises.

La directive prévoit désormais des sanctions financières (amendes proportionnelles au chiffre d’affaires) et un risque réputationnel important pour les entreprises qui ne respectent pas ces règles.
Il revient ​

Il revient donc aux élus du CSE de s’assurer de son application en menant un suivi rigoureux et en utilisant les données de la BDESE pour identifier d’éventuelles disparités salariales injustifiées.

Par ailleurs, si la publication des fourchettes salariales et l’accès aux moyennes de rémunération sont des avancées, rien ne garantit que ces mesures suffiront à corriger les écarts existants.

Les élus doivent donc sensibiliser les services RH afin que les entretiens d’embauche et les processus de négociation salariale respectent les nouvelles règles de confidentialité et de non-discrimination

Bon à savoir :

Il est essentiel de s’assurer qu’un candidat qui invoquerait cette nouvelle directive pour obtenir des informations sur les salaires en vigueur ne soit pas pénalisé dans le processus de recrutement.



Un autre levier d’action pour les élus du CSE est de mettre en avant la transparence salariale comme un argument de marque employeur auprès de la direction.

Dans un contexte où les entreprises doivent attirer et fidéliser les talents, une politique salariale claire et équitable peut être un véritable atout. Promouvoir la transparence des rémunérations et se tenir aux fourchettes annoncées (en entretien d’embauche et/ou sur les offres d’emploi) peut renforcer l’attractivité de l’entreprise.

À retenir 

La directive européenne sur la transparence salariale, qui entrera en vigueur en 2026, impose plusieurs mesures clés. Parmi elles : la publication des fourchettes salariales dans les offres d’emploi, l’interdiction des questions sur l’historique salarial et l’accès aux moyennes salariales de l’entreprise.

Ces nouvelles règles permettront au CSE de renforcer son contrôle sur les pratiques salariales et de veiller à leur équité. Si cette directive s’inscrit dans une dynamique de progrès pour l’égalité salariale, son efficacité dépendra notamment de l’implication des élus.


Pour garantir son application, il est essentiel de sensibiliser les RH aux nouvelles obligations. Il faudra aussi mettre en avant la transparence salariale comme un véritable atout pour l’entreprise. Enfin, demander des engagements supplémentaires permettra d’aller plus loin dans la lutte contre les inégalités salariales.

Grâce à ces actions, vous jouerez un rôle clé dans la création d’un environnement de travail plus juste et équitable !




FAQ

1. La directive européenne s'applique-t-elle dès maintenant en France ?
Non. Beaucoup croient à tort que le texte est déjà en vigueur. En réalité, la France dispose d'un délai jusqu'en juin 2026 pour intégrer cette directive dans son droit national. En attendant, les règles actuelles restent inchangées. Mais attention : les entreprises qui anticipent dès aujourd'hui seront bien mieux préparées que celles qui attendront le dernier moment.
2. Que vont réellement changer les fourchettes de salaire dans les offres d'emploi ?
Fini les annonces vagues avec "salaire selon profil". Les recruteurs devront afficher une fourchette claire et justifiée. Concrètement, cela signifie que vous saurez à quoi vous attendre avant même le premier entretien. Pour les élus CSE, c'est l'occasion de vérifier la cohérence entre ces fourchettes et les grilles internes de l'entreprise.
3. Les recruteurs pourront-ils encore me demander mes fiches de paie ?
Non. Plus question de demander vos bulletins de salaire précédents. L'objectif est d'éviter que les inégalités d'un emploi antérieur (notamment liées au genre) ne se reproduisent. La négociation devra désormais se baser sur le poste à pourvoir, pas sur votre historique.
4. Vais-je pouvoir consulter le salaire exact de mon collègue ?
Non. Contrairement à certaines idées reçues, la directive ne transformera pas l'entreprise en "maison de verre". Vous n'aurez pas accès au salaire individuel de vos collègues, mais vous pourrez connaître les moyennes par catégorie de postes, les grilles salariales et les critères d'évolution. De quoi vérifier votre propre situation sans exposer personne.
5. En cas de soupçon de discrimination, qui doit prouver quoi ?
C'est l'un des changements majeurs : la charge de la preuve sera inversée. Actuellement, c'est au salarié de démontrer qu'il est victime de discrimination. Avec la nouvelle directive, ce sera à l'employeur de prouver que sa politique salariale est équitable et sans biais. Un vrai bouleversement qui facilitera les recours.
 
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