La suspension partielle de la réforme des retraites rebat les cartes pour certaines générations, en particulier les années 1964 à 1968. Ce contexte mouvant impose au CSE de décrypter les impacts concrets pour les salariés et d’adapter son rôle d’information et d’alerte.
Ce que prévoit la suspension de la réforme de 2023
Ce que prévoit la suspension de la réforme de 2023
Le 12 novembre,
l’Assemblée nationale a adopté l’article 45 bis du projet de loi de financement
de la Sécurité sociale (PLFSS), qui prévoit de suspendre, jusqu’au 1ᵉʳ janvier
2028, le calendrier d’application de la réforme des retraites de 2023. Concrètement, la
hausse progressive de l’âge légal et l’augmentation de la durée de cotisation
sont gelées pendant cette période pour une partie des assurés.
Cette suspension n’est pas encore définitivement acquise : le texte suit toujours la navette parlementaire entre l’Assemblée nationale et le Sénat, avec des positions divergentes sur le maintien ou non de l’article 45 bis. L’entrée en vigueur effective dépendra du vote final du PLFSS, de sa promulgation et de la publication des textes d’application.
Il s’agit bien d’une suspension et non d’une abrogation de la réforme de 2023 : le législateur se laisse la possibilité de réactiver ou de réaménager le calendrier après 2028.
Âge légal de départ : qui est concerné ?
Âge légal de départ : qui est concerné ?
La suspension vise
d’abord les générations les plus proches du départ en retraite, pour lesquelles
la réforme de 2023 avait déjà relevé l’âge légal. Pour les personnes nées entre
1964 et 1968, l’âge légal est abaissé d’un trimestre par rapport au calendrier
prévu initialement, ce qui ouvre une possibilité de départ un peu plus tôt.
La retraite progressive permet de travailler à temps partiel tout en touchant une partie de sa pension. Un bon compromis pour anticiper la transition.
Pour les salariés, un trimestre gagné ne signifie pas toujours un départ immédiat : il faut aussi vérifier la durée d’assurance validée (trimestres cotisés et assimilés).
cse
Durée d’assurance pour le taux plein
La suspension touche aussi la durée d’assurance nécessaire pour obtenir le taux plein, mais de manière ciblée. Pour les personnes nées en 1964 et 1965, le nombre de trimestres requis est réduit par rapport à la trajectoire de la réforme de 2023 (stabilisation à 170 trimestres au lieu de la montée à 171 puis 172).
En revanche, pour les générations nées à partir de 1966, la durée d’assurance à valider reste fixée à 172 trimestres pour obtenir une retraite à taux plein. La suspension ne remet donc pas en cause l’objectif de long terme d’allongement des carrières, mais en amortit les effets pour les premières générations concernées.
Voici un tableau récapitulatif :
| Personnes nées en 1964 et 1965 | Personnes nées à partir de 1966 |
|---|---|
| 170 trimestres | 172 trimestres |
Attention, ne pas confondre la suspension de
la réforme de la retraite avec le mécanisme de retraite progressive.
- La suspension de la réforme concerne surtout l’âge légal et la durée d’assurance pour le taux plein (calendrier gelé pour certaines générations).
- La retraite progressive est un dispositif spécifique de fin de carrière (travail à temps partiel + pension partielle) avec ses propres règles d’âge et de trimestres, qui continue de s’appliquer indépendamment de la suspension.
Départs anticipés et régimes spécifiques
La suspension s’applique également aux dispositifs de départ anticipé : carrières longues, inaptitude, invalidité, ainsi qu’aux fonctionnaires relevant des catégories actives et super‑actives, à certains militaires et à des professionnels comme les infirmiers ayant exercé leur droit d’option.
Pour ces publics, le
gel du calendrier se traduit aussi par un trimestre de contrainte en moins sur
l’âge de départ.
Impacts pratiques pour les salariés
Impacts pratiques pour les salariés
Pour les salariés
proches de la retraite, cette suspension modifie les repères qu’ils avaient
intégrés depuis la réforme de 2023 : âge légal, durée d’assurance et scénarios
de départ doivent être recalculés.
Les projets de fin de
carrière déjà enclenchés (aménagement du temps de travail, retraite progressive, cumul
emploi‑retraite, rupture conventionnelle en vue d’un départ) peuvent nécessiter
une mise à jour.
Les outils de simulation en ligne, comme « Mon estimation retraite » ou les calculateurs des caisses complémentaires, ne prennent pas encore tous en compte les effets détaillés de la suspension tant que la loi n’est pas définitivement adoptée.
Il est donc prudent,
pour les salariés, de considérer les estimations actuelles comme indicatives et
de les revisiter à mesure que le cadre juridique se stabilise. vigueur
effective dépendra du vote final du PLFSS, de sa promulgation et de la
publication des textes d’application.
En cas de doute, il est utile d’encourager les salariés à solliciter un entretien personnalisé retraite (CARSAT, MSA, régimes spéciaux, caisses complémentaires) afin d’obtenir une vision actualisée de leur situation.
Le rôle clé du CSE dans cette période d’incertitude
Le rôle clé du CSE dans cette période d’incertitude
Face à cette suspension partielle et encore incertaine, le CSE a un rôle central d’information et de pédagogie auprès des salariés, en particulier des générations 1963–1968.
Les élus peuvent expliquer la différence
entre suspension et abrogation, rappeler que la loi n’est pas encore définitive
et illustrer les impacts potentiels avec des exemples simples (profils types,
métiers exposés, carrières longues, temps partiel, carrières hachées).
Le CSE peut également interpeller l’employeur sur les conséquences RH :
- gestion des fins de carrière
- politique seniors
- organisation du travail
- aménagements de poste
- recours à la retraite progressive ou à des dispositifs de transition emploi‑retraite…
En fonction de la taille de l’entreprise, ces sujets peuvent être intégrés aux consultations récurrentes (orientations stratégiques, politique sociale) ou faire l’objet de points spécifiques à l’ordre du jour.
La recommandation du MagCSE :
Proposer un focus “retraites et fins de carrière “ lors d’une réunion plénière,
en demandant à l’employeur de présenter la pyramide des âges, les départs
prévus et les mesures d’accompagnement, permet de rendre la suspension de la
réforme concrète pour les élus comme pour les salariés.
À retenir
La suspension de la réforme de la retraite de 2023, via l’article 45 bis du PLFSS, gèle provisoirement la montée de l’âge légal et de la durée d’assurance, avec un bénéfice immédiat pour certaines générations proches du départ. Cette mesure reste toutefois conditionnée à l’issue du processus parlementaire et ne constitue pas, en l’état, un retour en arrière global sur la réforme.
Dans ce contexte mouvant, le CSE doit se positionner comme un relais d’information fiable, un observateur des impacts RH et une force de proposition sur l’accompagnement des fins de carrière.
Sa capacité à vulgariser les règles, à alerter sur les situations à risque et à nourrir le dialogue social sur les seniors sera déterminante pour sécuriser les parcours des salariés concernés.
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