La DARES (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques) a récemment publié son étude comparative 2017-2023 sur la perception des instances représentatives dans le secteur privé.
Les résultats, publiés en janvier 2026, dessinent un tableau en demi-teinte : la légitimité des représentants du personnel et des syndicats progresse, mais elle reste fragile et dépend fortement des actions menées par les élus sur le terrain.
Pour les membres du CSE, ces chiffres sont plus qu'un simple baromètre : ils offrent des clés précieuses pour comprendre les attentes des salariés et renforcer l'utilité perçue de votre mandat.
Perception du CSE : une amélioration générale, mais encore fragile
Perception du CSE : une amélioration générale, mais encore fragile
L'étude confirme une
amélioration générale de l'image, mais révèle aussi deux écueils majeurs : une
adhésion encore tiède et une méconnaissance tenace du rôle du CSE.
Ce que pensent vraiment les salariés des représentants du personnel
Les chiffres de l'enquête Reponse 2023 montrent une nette amélioration de l'image des représentants du personnel (RP) depuis la dernière étude en 2017. Ainsi, 51% des salariés estiment désormais que les RP « traduisent bien leurs aspirations », soit une progression de 5 points en six ans. De même, la perception des syndicats s'améliore : 41% des salariés jugent leur rôle « irremplaçable », contre 37% en 2017.
Cette tendance positive s'accompagne d'une baisse des critiques. Les salariés sont moins nombreux à penser que les syndicats privilégient leurs propres intérêts (29%, -3 points) ou qu'ils gênent l'activité de l'entreprise (15%, -3 points). L'utilité collective des instances est donc de mieux en mieux reconnue.
Cependant, derrière ces signes encourageants se cache une réalité plus nuancée. Une part importante des salariés reste sans opinion sur ces questions, représentant parfois plus d'un tiers des répondants.
Ce « silence » statistique est particulièrement élevé dans les établissements dépourvus de RP. Il révèle une distance persistante, voire une méconnaissance, entre l'instance et une partie des salariés qu'elle est censée représenter.
Pourquoi tant de salariés restent-ils sans opinion sur le CSE ?
Trois facteurs principaux, identifiés par l'étude, expliquent cette frange importante de salariés indécis ou non informés.
Un premier constat s'impose : le rôle réel du CSE est largement méconnu. Beaucoup de salariés, surtout dans les PME ou les établissements sans instance, ignorent concrètement ce que fait le comité, ses prérogatives et son impact sur leur vie professionnelle.
Aussi, les effets de la fusion des instances suite aux ordonnances de 2017 ont pu brouiller les repères. La création du Comité Social et Économique (CSE), qui regroupe les anciens délégués du personnel, du CE et du CHSCT, a simplifié le paysage institutionnel. Cependant, cette rationalisation a aussi pu créer une période de flou pour les salariés, qui doivent désormais identifier une instance unique là où il y en avait plusieurs.
Enfin, une distance perçue entre les élus et le terrain peut creuser le fossé. Lorsque le CSE est perçu comme une instance « formelle », « lointaine » ou cantonnée à des réunions fermées, les salariés ont plus de mal à s'identifier à lui et à lui faire confiance.
La présence physique et la
visibilité sont donc des enjeux clés.
Impact de la perception du CSE : leviers d’action pour les élus
Les données de la DARES ne sont pas qu'un constat ; elles tracent une feuille de route concrète. Votre légitimité aux yeux des salariés ne découle pas seulement de votre élection, mais se construit et s'entretient au quotidien par des actions ciblées.
Présence, visibilité, contact : les leviers qui font la différence
L'étude le démontre sans équivoque : la simple présence d'une instance représentative change tout. Dans les établissements dotés d'au moins un délégué syndical, 59% des salariés estiment que leurs aspirations sont bien traduites. Ce chiffre tombe à 56% avec des élus uniquement, et s'effondre à 23% là où il n'y a aucune IRP. Votre existence légale est donc le premier socle de la représentation.
Pour transformer cette présence en légitimité, le contact direct et régulier est indispensable. L'étude montre que les salariés se sentent d'autant moins capables de « se défendre seuls » que l'entreprise est grande. Le rôle de relais des élus CSE devient donc crucial.
Afin de créer et maintenir le contact avec les salariés, organisez des permanences régulières, allez sur les lieux de travail, et utilisez des canaux de communication simples et accessibles (affichage, messagerie interne, réunions d'information informelles…).
Au-delà du contact informel, instituer un baromètre social annuel ou biannuel est une forme de "permanence permanente". Il systématise l'écoute, montre une volonté de s'appuyer sur des données objectives et identifie les sujets prioritaires sur lesquels le CSE doit concentrer ses efforts. C'est un outil de proximité à l'échelle de l'entreprise.
L'objectif est clair pour le CSE : être identifié comme un interlocuteur proche, pas seulement comme une instance. Les salariés doivent savoir qui sont les élus du comité, comment les joindre facilement, et avoir la certitude qu’ils portent leur voix.
Cette proximité opérationnelle est le terreau de la confiance !
Passer d'une fonction légale à un rôle reconnu par les salariés
Le mandat d’élu CSE ne se limite pas à exercer des prérogatives légales ; il consiste à créer de la valeur perçue pour les salariés. Cela passe par une action tournée vers le concret.
Il est primordial de traduire les attentes concrètes du quotidien.
Au-delà des grandes négociations, les salariés attendent que le CSE s'empare des sujets qui impactent leur vie au travail : l'organisation du temps de travail, les conditions matérielles, le télétravail, l'équipement informatique, ou encore le climat social.
Montrez que vous écoutez et agissez sur ces préoccupations tangibles.
Communiquez systématiquement sur vos actions et vos résultats. Le « trou noir » de l'information nourrit l'indifférence ou la défiance.
Mettez en avant vos réalisations : « Grâce à notre intervention, telle situation a évolué », « Voici les points que nous portons dans la négociation annuelle », « Voici le bilan de nos actions sociales cette année ».
Cette transparence sur l'utilité renforce considérablement votre crédibilité.
Renforcez votre légitimité par l'utilité perçue au quotidien. Votre autorité morale grandit à chaque fois qu'un salarié constate que vous êtes un interlocuteur efficace, à l'écoute et force de proposition. En étant visibles, actifs et réactifs, vous transformez progressivement l'image d'une « instance obligatoire » en celle d'un contre-pouvoir utile et indispensable.
À retenir
La perception du CSE par les salariés s'améliore, mais cette dynamique positive est entre les mains des élus. Paradoxalement, le CSE souffre d'abord de ce qu'on ignore de lui.
Les chiffres de la DARES le confirment : votre présence, votre écoute et vos actions concrètes font toute la différence.
Être un ou une élu·e, c'est incarner un relais humain, proche et efficace, qui transforme la représentation légale en une légitimité vivante et reconnue par tous.
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