Du 15 au 19 juin 2026, la France célèbre la 23ème Semaine de la qualité de vie et des conditions de travail. Une opportunité en or pour les élus CSE de sortir du rôle de spectateur et de devenir un véritable relais de confiance sur les risques psychosociaux. À condition de savoir quoi proposer, et comment.
Sommaire
- La Semaine de la QVCT : d'où ça vient et pourquoi ça existe
- RPS en 2026 : pourquoi la vigilance des élus n'a jamais été aussi nécessaire•
- Le CSE, premier relais de confiance : ce que la sensibilisation change vraiment
- 5 actions de sensibilisation à lancer du 15 au 19 juin
- Et après le 19 juin ? Inscrire la sensibilisation dans la durée
- A retenir
La Semaine de la QVCT : d'où ça vient et pourquoi ça existe
De la QVT à la QVCT : 20 ans d'évolution
La Semaine de la qualité de vie au travail est née en 2004, à l'initiative de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail, l'ANACT. L'idée fondatrice était simple : créer chaque année un temps fort national pour parler du travail autrement, en sortant des seules logiques de productivité et de performance, et en remettant le quotidien des salariés au centre des discussions.
Pendant près de 17 ans, cet événement s'est appelé la « Semaine de la QVT ». Mais en 2022, un changement majeur intervient. À la suite de l'Accord national interprofessionnel du 9 décembre 2020, transposé dans la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, la terminologie évolue. On ne parle plus de qualité de vie au travail, mais de qualité de vie ET des conditions de travail.
Ce n'est pas juste une lettre en plus dans l'acronyme. C'est un changement de philosophie : la QVT a longtemps été assimilée au bien-être périphérique, baby-foot, séances de sophrologie, paniers de fruits. La QVCT, elle, réintègre le travail réel, l'organisation, le contenu des tâches et les conditions concrètes d'exercice du métier.
Une semaine pensée pour sortir la santé au travail des bureaux RH
La Semaine de la QVCT n'est pas un événement réservé aux directions ou aux services ressources humaines. Elle est conçue, depuis l'origine, comme un temps d'échange ouvert à tous les acteurs de l'entreprise : managers, salariés, médecine du travail, services de santé au travail, et bien sûr représentants du personnel.
Concrètement, l'ANACT et son réseau régional, les Aract, proposent chaque année une programmation complète : webinaires nationaux, conférences en région, kits de communication à télécharger gratuitement, affiches, infographies, et un thème fédérateur pour orienter les échanges.
Pour vous, élu CSE, cette semaine est une fenêtre stratégique. C'est le moment où la parole sur le travail est légitime, attendue, parfois même encouragée par la direction. C'est aussi le moment où vos initiatives auront le plus de visibilité auprès des salariés.
Bon à savoir
Le thème retenu par l'ANACT pour la 23ème édition est « Manager, c'est tout un travail ! ». Il met en lumière le rôle du management de proximité, souvent en première ligne face aux risques psychosociaux, parfois lui-même en souffrance. Une ouverture intéressante pour les élus : la sensibilisation aux RPS ne concerne plus seulement les équipes, mais aussi ceux qui les encadrent.
RPS en 2026 : pourquoi la vigilance des élus n'a jamais été aussi nécessaire
Les risques psychosociaux ne sont plus un sujet émergent. Ils sont aujourd'hui l'une des premières causes de souffrance au travail en France, et leur reconnaissance progresse chaque année.
Quelques repères pour comprendre l'ampleur du phénomène :
- Les affections psychiques reconnues comme accidents du travail ou maladies professionnelles ont été multipliées par cinq en moins de dix ans, selon l'Assurance Maladie.
- Près d'un salarié sur quatre déclare ressentir un stress au travail jugé élevé ou très élevé, selon les enquêtes de l'INRS.
- Le burn-out, longtemps invisible, est désormais identifié comme un véritable enjeu de santé publique, avec des chiffres en hausse constante depuis 2020.
Derrière ces statistiques, il y a des situations très concrètes : une charge mentale qui déborde, des objectifs intenables, un sentiment d'isolement, des relations dégradées avec le management, le poids des transformations permanentes, le télétravail mal cadré, la sur-sollicitation numérique.
Et dans tout cela, les élus CSE occupent une place unique. Ni rattachés à la hiérarchie, ni soumis aux objectifs de la direction, vous êtes souvent les seuls interlocuteurs vers qui un salarié en difficulté peut se tourner sans craindre de conséquences sur sa carrière.
Le CSE, premier relais de confiance : ce que la sensibilisation change vraiment
Pourquoi un salarié parle plus facilement à un élu qu'à son manager
Quand un salarié va mal, il a rarement le réflexe de se tourner spontanément vers sa hiérarchie. Les raisons sont nombreuses, et toutes légitimes : peur d'être jugé, peur de paraître faible, crainte de représailles sur l'évaluation annuelle, doute sur la confidentialité des échanges.
L'élu CSE, lui, présente un profil rassurant. Il est élu par ses pairs, il connaît le terrain de l'intérieur, il est tenu à une obligation de discrétion, et il n'a aucun pouvoir hiérarchique sur celui qui vient lui parler. Cette neutralité est un atout précieux, à condition que les salariés sachent qu'ils peuvent venir vous voir.
Exemple : dans une entreprise de 180 salariés, une élue suppléante a mis en place une simple permanence d'écoute le mardi midi à la cafétéria. En six mois, 14 salariés sont venus la voir, dont 3 situations avérées de souffrance au travail qui ont été remontées au CSE sans que les personnes concernées soient identifiées.
Sensibiliser, c'est déjà prévenir
Beaucoup d'élus s'imaginent que la prévention des RPS suppose des compétences techniques pointues ou un statut particulier. C'est une erreur. La première étape, et la plus efficace, c'est la sensibilisation. Faire connaître les RPS, leurs signes, leurs causes, les ressources disponibles. C'est exactement ce que la Semaine de la QVCT vous permet de faire, dans un cadre légitime et visible.
Sensibiliser, c'est aussi commencer à briser un tabou. Tant que personne ne parle des RPS dans l'entreprise, ils restent invisibles. Et tant qu'ils restent invisibles, ils continuent de se développer en silence.

Bon à savoir
Vous n'êtes pas seuls. Le réseau Aract, présent dans toutes les régions, propose un accompagnement gratuit aux entreprises et aux représentants du personnel sur les questions de QVCT et de prévention des RPS. Une ressource précieuse, trop peu sollicitée par les élus.
5 actions de sensibilisation à lancer du 15 au 19 juin
Voici cinq idées concrètes, testées sur le terrain par des élus de CSE de toutes tailles. Elles ne demandent pas de budget important, pas d'expertise particulière, et peuvent être mises en place rapidement.
1. Le « Café CSE RPS » : un temps d'écoute informel, sans direction
Le principe : ouvrir un créneau de 1h à 2h, dans un lieu accessible mais discret, où les salariés peuvent venir échanger librement avec un ou deux élus sur le travail, les difficultés rencontrées, le ressenti général. Pas d'ordre du jour, pas de prise de notes nominative, pas de direction présente.
L'enjeu : créer un espace où la parole circule sans filtre hiérarchique. Le simple fait de pouvoir verbaliser une difficulté est déjà une étape vers la résolution.
Astuce : choisissez un lieu neutre, idéalement hors des espaces de travail habituels, comme une salle de pause ou la cafétéria. Annoncez l'événement plusieurs jours en avance et précisez explicitement que la confidentialité est garantie.
2. L'affichage « Qui contacter, comment, quand » dans les espaces communs
Beaucoup de salariés ne savent tout simplement pas vers qui se tourner en cas de mal-être au travail. La médecine du travail, le service social, le référent harcèlement, les élus CSE, la cellule d'écoute psychologique si elle existe, le 3114 : autant de ressources souvent ignorées.
L'idée : créer une affiche claire, visuelle, accessible, qui recense tous les contacts utiles avec leurs coordonnées et leurs horaires. À placarder dans les zones de passage, les salles de pause, les sanitaires, les espaces de coworking.
Télécharger un modèle d'affiche ressources RPS
3. Le quiz « Idées reçues sur les RPS » pour casser les tabous
Sous forme de quiz papier, de borne digitale, ou de simples questions affichées dans la cafétéria, proposez 8 à 10 affirmations vrai/faux sur les RPS. L'objectif n'est pas de tester les connaissances, mais de provoquer la discussion et de déconstruire les idées reçues.
Quelques exemples d'affirmations qui font débat :
- « Le stress, c'est dans la tête, il suffit de prendre sur soi. »
- « Les RPS, c'est surtout pour les personnes fragiles. »
- « Un bon manager ne peut pas être à l'origine de RPS. »
- « Le télétravail, c'est forcément bon pour la qualité de vie. »
Les réponses, accompagnées d'explications courtes, permettent de transmettre des messages clés sans posture de cours magistral.
4. La micro-enquête anonyme « Comment ça va vraiment ? »
Un questionnaire court, 5 questions maximum, totalement anonyme, diffusé pendant la semaine via un formulaire en ligne ou des bulletins papier déposés dans une urne. Les questions peuvent être très simples : ressenti général sur la charge de travail, qualité des relations dans l'équipe, sentiment d'être écouté, équilibre vie pro vie perso, niveau d'énergie en fin de journée.
L'intérêt n'est pas de produire un rapport scientifique, mais de prendre le pouls de l'entreprise à un instant T, et de pouvoir restituer ensuite, en CSE, une photographie globale qui peut nourrir un dialogue avec la direction.
Attention au cadre juridique : si vous collectez des données, même anonymes, assurez-vous de respecter les principes du RGPD. Pour une enquête simple et ponctuelle, un formulaire totalement anonyme sans collecte d'identifiants reste l'option la plus sûre.
5. Le binôme d'écoute : 2 élus, 1 créneau, 1 lieu identifié
Une variante structurée du « Café CSE ». Deux élus volontaires se rendent disponibles sur un créneau identifié, dans un lieu calme, pour recevoir individuellement les salariés qui souhaitent parler. La présence à deux est essentielle : elle protège l'élu qui écoute, elle rassure le salarié, et elle permet une seconde lecture des situations remontées.
Pour que cela fonctionne, communiquez en amont sur le créneau, le lieu, les noms des élus disponibles, et surtout sur le cadre : ce qui sera fait des informations partagées, ce qui restera strictement confidentiel.
Exemple : dans une PME de 95 salariés, deux élues ont mis en place une permanence d'écoute le jeudi de 12h à 13h pendant toute la semaine de la QVCT. Trois mois plus tard, la permanence est devenue mensuelle, sur demande des salariés eux-mêmes.
Et après le 19 juin ? Inscrire la sensibilisation dans la durée
Une semaine de sensibilisation, aussi réussie soit-elle, ne suffit pas. L'enjeu, pour les élus, est de transformer cet élan ponctuel en démarche continue. Quelques pistes pour ne pas laisser retomber le soufflé :
- Restituer en réunion CSE une synthèse de ce qui a été observé pendant la semaine, sans nommer personne, en faisant remonter les signaux faibles.
- Inscrire un point récurrent « prévention RPS » à l'ordre du jour de vos réunions CSE.
- Proposer une formation collective des élus à l'écoute active et à la détection des RPS.
- Pérenniser certaines actions, comme la permanence d'écoute ou l'affichage des ressources.
Et si les signaux remontés pendant la semaine révèlent des situations préoccupantes, n'oubliez pas que vous disposez d'outils juridiques solides : le droit d'alerte en cas d'atteinte à la santé physique ou mentale d'un salarié, la possibilité de demander une mise à jour ciblée du DUERP sur le volet RPS, ou encore l'organisation d'une enquête CSE après un signalement. La sensibilisation ouvre la porte. Ces outils permettent de la franchir.
Source : articles L. 2312-9, L. 2312-60, L. 4121-3 et L. 4131-2 du Code du travail
À retenir
- La Semaine de la QVCT 2026 se tient du 15 au 19 juin sur le thème « Manager, c'est tout un travail ». Une opportunité légitime pour les élus de prendre la parole sur les RPS.
- Les risques psychosociaux sont aujourd'hui l'une des premières causes de souffrance au travail. Les affections psychiques reconnues comme AT/MP ont été multipliées par cinq en moins de dix ans.
- Les élus CSE sont des relais de confiance uniques : neutres vis-à-vis de la hiérarchie, tenus à la discrétion, légitimes par l'élection. Encore faut-il que les salariés sachent qu'ils peuvent venir vous voir.
- Cinq actions simples à lancer : café CSE, affichage ressources, quiz idées reçues, micro-enquête anonyme, binôme d'écoute.
- Sensibiliser, c'est déjà prévenir. Et si les signaux remontés sont préoccupants, vos outils juridiques prennent le relais : droit d'alerte, DUERP, enquête CSE.
